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🚗🔧 Atelier

Comment les concessions tentent de récupérer ce business capté par les indépendants
🚗🔧 Atelier

Bonjour tout le monde !

J’espĂšre que vous allez bien et que vous avez passĂ© une belle semaine.

C’est un plaisir de vous retrouver dans une nouvelle Ă©dition, en espĂ©rant que la derniĂšre vous ait plu. 🚗

Chaque dimanche dans le Brief Automobile, nous analysons plus en détail un sujet du marché et partageons les quelques nouvelles importantes de la semaine.


Ce que vous allez apprendre dans cette édition

👹‍🔧 Pourquoi l’atelier pùse parfois moins de 20 % du CA
 mais 40 à 50 % de la marge d’une concession.

📉 Comment les garages indĂ©pendants ont captĂ© la majoritĂ© du marchĂ© entretien/rĂ©paration.

đŸ§© Pourquoi la crise Covid, la pĂ©nurie de semi-conducteurs et la montĂ©e des Chinois ont obligĂ© les concessions Ă  se recentrer sur l’aprĂšs-vente.

🧰 OĂč dort le CA dans un atelier : pneus, gĂ©omĂ©trie, carrosserie, vitrage, etc.

🔁 Comment repenser la rĂ©ception, le suivi client et le digital pour reprendre des parts de marchĂ© aux centres indĂ©pendants.

🏁 Et pourquoi un atelier solide est devenu vital pour la pĂ©rennitĂ© des groupes de distribution.

Temps de lecture : 10 min


L’atelier, le poumon Ă©conomique qu’on regarde encore du coin de l’Ɠil

Dans la plupart des rĂ©seaux, l’aprĂšs-vente reprĂ©sente moins de 20 % du chiffre d’affaires, mais une part Ă©crasante de la marge (souvent 40-45%). Le VN/VO fait du volume, mais l’atelier est le plus rentable.

Les derniĂšres annĂ©es ont renforcĂ© cette rĂ©alitĂ©. Crise Covid, pĂ©nurie de semi-conducteurs, dĂ©lais de livraison, guerre des prix, pression des constructeurs, montĂ©e des chinois : tout ce qui rend la vente de voitures plus incertaine a mĂ©caniquement rendu l’atelier plus stratĂ©gique. Pendant que les volumes VN et VO font le yo-yo, les vĂ©hicules, eux, continuent Ă  rouler, Ă  s’user, et Ă  avoir besoin de rĂ©parations.

La montĂ©e en puissance de la LOA/LLD a encore accentuĂ© le phĂ©nomĂšne. La plupart des VN partent aujourd’hui avec un contrat d’entretien. Autrement dit, au moment oĂč la voiture est livrĂ©e, une partie du flux atelier est dĂ©jĂ  Ă©crite noir sur blanc. Sur le papier, c’est une situation idĂ©ale : on sait que le client reviendra plusieurs fois, aux bons intervalles, dans le bon rĂ©seau. La vraie question :

Qu’est-ce qu’on fait de ce potentiel une fois qu’il passe la porte de l’atelier ?

Comment les indĂ©pendants ont rempli l’espace qu’on leur a laissĂ©

Pendant longtemps, les concessions ont considĂ©rĂ© l’atelier comme un flux “naturel”. On vendait des voitures, on comptait sur la garantie et sur le logo de la marque pour faire revenir les clients, et ça suffisait pour garder les ateliers remplis. Dans ce temps-lĂ , personne ne s’inquiĂ©tait trop du fait que les centres autos poussaient partout et qu’ils investissaient massivement dans la pub, travaillaient leur visibilitĂ© locale et leurs avis Google.

Le rĂ©sultat se voit aujourd’hui trĂšs simplement : dĂšs que la voiture sort de la pĂ©riode de garantie, une grande partie des clients bascule vers l’indĂ©pendant. Le rĂ©flexe est presque automatique :

  • pour les pneus et la gĂ©omĂ©trie, on pense Ă  un centre auto,
  • pour le pare-brise, on appelle une enseigne spĂ©cialisĂ©e,
  • pour le contrĂŽle technique, on laisse la voiture ailleurs.

À chaque fois, on casse un peu plus le lien entre le client et la concession d’origine.

La difficultĂ©, c’est que cette fuite ne concerne pas uniquement du chiffre d’affaires atelier. Elle emporte aussi le relationnel. Quand un automobiliste a pris l’habitude de confier ses pneus, son vitrage, son CT et ses petites rĂ©parations Ă  un autre acteur, il pense beaucoup moins spontanĂ©ment Ă  la concession au moment de changer de vĂ©hicule.

L’atelier est donc Ă  la fois un centre de profit et un outil de fidĂ©lisation, et on a laissĂ© une partie de ce double rĂŽle glisser vers l’extĂ©rieur sans vraiment s’en rendre compte.

Le cƓur du sujet : ce qui se passe concrĂštement Ă  la rĂ©ception

Dans beaucoup de sites, l’accueil atelier reste trĂšs administratif. Le client dĂ©pose ses clĂ©s, on valide un motif de visite, on imprime un ordre de rĂ©paration, et c’est fini. On traite ce pour quoi il est venu, on l’appelle, il rĂ©cupĂšre sa voiture et on passe au suivant.

Dans ce schĂ©ma, l’atelier fait son travail, mais ne rĂ©vĂšle jamais tout son potentiel. On ne regarde pas systĂ©matiquement l’état des pneus, on note vaguement une rayure sans en faire une vraie proposition de rĂ©paration, on voit un pare-brise marquĂ© sans en parler, on ne profite pas de la visite pour anticiper ce qui va arriver dans six mois.

Le client, lui, repart avec l’impression que “la rĂ©vision est faite”, mais pas avec le sentiment qu’on a vraiment pris sa voiture en charge de maniĂšre globale.

Repenser la rĂ©ception : d’une simple prise de clĂ©s Ă  une rĂ©ception active

À l’inverse, dĂšs qu’on bascule sur une vraie rĂ©ception active, tout change. Le conseiller sort avec le client, fait le tour de la voiture, montre l’usure des pneus, signale un impact, explique calmement ce qui est urgent, ce qui peut attendre, ce qu’on peut planifier.

Le client voit ce que vous voyez, comprend pourquoi on lui propose telle intervention aujourd’hui et telle autre dans quelques mois. Il choisit en connaissance de cause, sans avoir l’impression qu’on lui “force la main”.

Cette bascule demande du temps, de la formation et un peu de mĂ©thode. Mais elle change la nature du panier moyen, et surtout la nature de la relation. On ne vend plus une rĂ©vision, on gĂšre un vĂ©hicule. On ne “rajoute pas des lignes”, on anticipe des besoins. La nuance est Ă©norme dans la tĂȘte du client.

Passer du réflexe subi à la relation pilotée

L’autre angle mort, c’est ce qui se passe entre deux visites.

La plupart des concessions ont un DMS, un CRM, l’historique des interventions et les kilomĂ©trages. Sur le papier, tout est lĂ  pour savoir quand rappeler qui, et pour quoi. Dans les faits, ces donnĂ©es restent souvent cantonnĂ©es Ă  la facturation et Ă  quelques enquĂȘtes de satisfaction.

Pourtant, il suffirait déjà de peu pour passer à un début de pilotage :

  • Quand on a notĂ© des pneus Ă  5 mm, on peut dĂ©cider qu’une relance partira automatiquement dans six ou huit mois pour proposer un contrĂŽle et, si besoin, un remplacement.
  • Quand un contrĂŽle technique approche, on peut envoyer un message clair qui propose un prĂ©-contrĂŽle et la gestion du CT, plutĂŽt que de laisser le client se dĂ©brouiller seul avec un centre voisin.
  • Quand un vĂ©hicule change de tranche d’ñge, on peut communiquer sur des forfaits pensĂ©s pour les voitures plus anciennes, avec des piĂšces adaptĂ©es et des prix alignĂ©s.

C’est exactement ce que font dĂ©jĂ  les centres autos bien organisĂ©s. Ils ne sont pas plus lĂ©gitimes techniquement sur un vĂ©hicule de marque, mais ils sont plus prĂ©sents, plus lisibles, plus simples Ă  mobiliser. La diffĂ©rence ne se joue pas uniquement Ă  l’atelier, mais dans la façon de rendre le service visible, accessible et comprĂ©hensible.

Ajoutez à ça quelques basiques digitaux - prise de rendez-vous en ligne qui fonctionne vraiment, fiche Google à jour, page “atelier” claire sur le site de la concession – et on commence à reconnecter l’atelier au quotidien du client.

Pourquoi tout ça est crucial maintenant

Si le marchĂ© VN/VO Ă©tait simple, linĂ©aire et trĂšs rentable, on pourrait se permettre de traiter l’atelier comme un mal nĂ©cessaire. Ce n’est plus le cas. Entre la pression sur les prix, les exigences rĂ©glementaires, l’électrification, la concurrence des nouveaux entrants et la sensibilitĂ© des valeurs rĂ©siduelles, les concessions ont besoin d’un socle de rentabilitĂ© stable. Ce socle, ce n’est pas le volume de voitures neuves, c’est la capacitĂ© Ă  suivre un parc roulant dans la durĂ©e.

Un atelier qui fonctionne bien, ce n’est pas seulement quelques pourcentages de marge en plus. C’est un amortisseur face aux Ă -coups du marchĂ©. C’est une relation rĂ©guliĂšre avec les clients, mĂȘme quand ils gardent leur vĂ©hicule plus longtemps ou qu’ils hĂ©sitent Ă  basculer sur une nouvelle motorisation. C’est la possibilitĂ© de rester l’interlocuteur naturel du conducteur, pas seulement le vendeur occasionnel de son prochain vĂ©hicule.

À l’inverse, un atelier sous-exploitĂ©, c’est une rentabilitĂ© fragilisĂ©e et une clientĂšle qui se dilue chez les indĂ©pendants. Une fois que les rĂ©flexes se sont installĂ©s ailleurs, il est toujours plus difficile - et plus coĂ»teux - de les reconquĂ©rir.

Ce qu’il faut retenir

  • 🔧 L’atelier n’est pas un “mal nĂ©cessaire” : c’est le centre de profit le plus stable de la concession.

  • 💾 Il reprĂ©sente souvent moins de 20 % du CA mais jusqu’à la moitiĂ© de la marge. Sans lui, le modĂšle VN/VO est fragile.

  • 🧹 Pendant des annĂ©es, une partie massive du business aprĂšs-vente est partie chez les fast fitters, MRA et plateformes web : pneus, gĂ©omĂ©trie, carrosserie lĂ©gĂšre, vitrage, BVA, CT


  • 🔁 La conjoncture actuelle (VN/VO sous pression, montĂ©e des Chinois, Ă©lectrification) oblige les concessions Ă  se recentrer sur l’APV, mais le potentiel est loin d’ĂȘtre Ă©puisĂ©.

  • 🧰 Les leviers sont clairs :

    • rĂ©ception active structurĂ©e,

    • relances intelligentes et CRM,

    • offres pneus/gĂ©omĂ©trie/carrosserie/vitrage mieux packagĂ©es,

    • prĂ©sence digitale digne de ce nom,

    • investissements RH et formation sur les nouvelles technos.

  • 🏁 Les concessions qui auront un atelier fort, moderne et orientĂ© client auront une vraie longueur d’avance dans les 5–10 prochaines annĂ©es, surtout avec l’arrivĂ©e massive des VE.


Les infos de la semaine

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On se retrouve le week-end prochain pour une nouvelle édition.

Fabio Dessi

D’abord passĂ© par Volkswagen avant d’avoir créé ma propre startup dans la tech, je suis aujourd’hui responsable marketing de ProovStation, qui crĂ©e des solutions d’intelligence artificielle dĂ©diĂ©es Ă  l’automobile.

En parallùle, je partage chaque semaine un regard frais sur le monde de l’automobile d’aujourd’hui via cette newsletter, et au quotidien sur LinkedIn.

Mes propos n’impliquent que moi et ne sont rĂ©digĂ©s au nom d’aucune des sociĂ©tĂ©s citĂ©es prĂ©cĂ©demment !