đđšđł Affaire Nexperia
Bonjour tout le monde !
JâespĂšre que vous allez bien et que vous avez passĂ© une belle semaine.
Câest un plaisir de vous retrouver dans une nouvelle Ă©dition, en espĂ©rant que la derniĂšre vous ait plu. đ
Chaque dimanche dans le Brief Automobile, nous analysons plus en détail un sujet du marché et partageons les quelques nouvelles importantes de la semaine.
Aujourdâhui, on parle dâun dossier qui fait trembler la chaĂźne dâapprovisionnement : la crise Nexperia, entre intervention de lâĂtat nĂ©erlandais et rĂ©torsion chinoise, avec un risque immĂ©diat pour la production automobile en Europe.
Temps de lecture : 9 min

RepÚres utiles (timeline & dépendances)
- 2019 : rachat de Nexperia par Wingtech (Chine).
- 2024 : Wingtech placé sur liste noire américaine.
- Fin sept. 2025 : les Pays-Bas Ă©cartent le PDG, reprennent le contrĂŽle via une loi dâexception suite Ă des soupçons de transferts dâIP/Ă©quipements et de coupes europĂ©ennes.
- 4 oct. 2025 : embargo chinois sur les exportations Nexperia hors de Chine.
- 29 oct. 2025 : le CEO intĂ©rimaire nĂ©erlandais stoppe lâenvoi de wafers vers Dongguan.
- 1er nov. 2025 : exemptions chinoises au cas par cas pour relancer (partiellement) les flux.
- Structure industrielle : Nexperia = 49% de lâindustrie europĂ©enne. Wafers surtout fabriquĂ©s en Europe, mais 70 % des puces Nexperia sont assemblĂ©es/testĂ©es en Chine.
- Impact : composant « Ă quelques centimes », mais indispensable. Prise de relais dâautres fournisseurs = plusieurs mois.
Nexperia, point de bascule dâune dĂ©pendance sous-estimĂ©e
Nexperia, ex-division composants de Philips, fabrique des semi-conducteurs « discrets » (diodes, transistors, rĂ©gulateursâŠ). Câest du basique, mais vital : des centaines de piĂšces par vĂ©hicule pour alimenter capteurs, actionneurs, freins, airbags, lĂšve-vitres⊠Lâentreprise, passĂ©e sous pavillon chinois en 2019 (Wingtech), produit plus de 110 milliards dâunitĂ©s par an et fait partie du Top 5 mondial sur lâautomobile.
Fin septembre, les Pays-Bas reprennent la main. Sur fond de crainte de transferts de technologies vers la Chine (Wingtech ayant Ă©tĂ© « blacklistĂ© » par les Ătats-Unis plus tĂŽt en 2024), les Pays-Bas invoquent une loi hĂ©ritĂ©e de la Guerre froide, Ă©cartent le PDG Zhang Xuezheng et bloquent des mouvements jugĂ©s sensibles : plan social en Europe (-40 % Ă©voquĂ©s), fermeture R&D Ă Munich, transferts dâinformations et dâĂ©quipements (Manchester/Hambourg) vers la Chine. Lâobjectif affichĂ© : empĂȘcher la fuite de propriĂ©tĂ© intellectuelle et prĂ©server lâoutil industriel europĂ©en.
PĂ©kin riposte le 4 octobre : embargo sur les exportations des produits Nexperia hors de Chine. ProblĂšme : si les wafers (silicium) sont majoritairement faits en Europe, ~70 % des puces sont assemblĂ©es/testĂ©es en Chine avant livraison. RĂ©sultat immĂ©diat : flux gelĂ©s vers lâEurope, alertes aux clients, et une entreprise scindĂ©e de fait en deux entitĂ©s qui sâignorent. La branche chinoise vend au marchĂ© domestique (paiement en yuan), tandis que la direction intĂ©rimaire nĂ©erlandaise coupe lâenvoi de nouvelles tranches de silicium vers lâusine dâassemblage de Dongguan (lettre du 29 octobre).
Au-delĂ dâun conflit de gouvernance, on bascule sur un choc dâapprovisionnement.
Pourquoi lâautomobile europĂ©enne est exposĂ©e
Parce que lâautomobile moderne est un chĂąteau de cartes Ă©lectroniques. Selon Handelsblatt (quotidien allemand), Nexperia pĂšserait prĂšs de 49 % des composants Ă©lectroniques utilisĂ©s dans lâauto europĂ©enne. MĂȘme si dâautres acteurs existent (Infineon, OnsemiâŠ), on ne bascule pas du jour au lendemain : il faut des volumes (dizaines de milliards de piĂšces/an) et surtout une re-qualification complĂšte des rĂ©fĂ©rences (homologations), ce qui prend des mois. Techniquement substituables, oui, mais opĂ©rationnellement, pas en quelques semaines.
En octobre, lâACEA prĂ©vient : les stocks tampons fondent et des arrĂȘts de lignes deviennent plausibles si rien ne se dĂ©bloque. Câest une réédition possible de la crise des semi-conduteurs 2020-2021, mais dâorigine gĂ©opolitique cette fois.
Ce qui sâest passĂ© cĂŽtĂ© constructeurs
Le secteur passe en mode gestion de crise.
- Volkswagen met en pause la production des Golf et Tiguan Ă Wolfsburg fin octobre (officiellement pour ajustement saisonnier), tout en reconnaissant suivre de prĂšs lâimpact potentiel des restrictions et lier une partie de ses objectifs 2025 Ă la disponibilitĂ© de ces puces.
- Stellantis active une war room : suivi quotidien, arbitrages pour éviter les interruptions.
- Mercedes-Benz dit ĂȘtre couvert Ă court terme grĂące aux stocks, mais « Ă©cume le monde » pour des alternatives.
- Nissan annonce des stocks jusquâĂ la premiĂšre semaine de novembre seulement et cartographie ses rangs 2/3.
- Toyota ne signale pas dâimpact immĂ©diat, probablement grĂące Ă une base fournisseurs plus diversifiĂ©e.

OĂč on en est aujourdâhui
Le 1er novembre, la Chine desserre partiellement lâĂ©tau : exemptions au cas par cas pour certaines exportations Nexperia. Ce signal sâinscrit dans un contexte de tractations au sommet (un accord commercial mentionnĂ© entre Xi et Trump en Asie fin octobre) et de discussions Chine-UE Ă Bruxelles sur les contrĂŽles dâexportation. PĂ©kin continue de considĂ©rer lâintervention nĂ©erlandaise comme la cause du chaos dans la chaĂźne, et conditionne un retour Ă la normale Ă un compromis sur la gouvernance.
CĂŽtĂ© nĂ©erlandais, lâobjectif serait une structure de propriĂ©tĂ© « apaisĂ©e » et partagĂ©e : garanties de sĂ©curitĂ©, maintien de la R&D en Europe, et une gouvernance qui Ă©vite les ingĂ©rences au quotidien.
En attendant, lâĂ©cosystĂšme sâorganise : en Allemagne, Ă©quipementiers et constructeurs prĂ©parent une plateforme temporaire dâĂ©change dâinformations pour lisser les tensions ; au niveau europĂ©en, lâĂ©pisode redonne du relief au Chips Act et Ă toutes les initiatives de relocalisation des Ă©tapes critiques (pas seulement le wafer, mais aussi lâassemblage-test).
Et maintenant ?
Trois sujets ressortent de cet épisode :
- SouverainetĂ© pragmatiqueNe pas se limiter Ă la fabrication du wafer : il faut sĂ©curiser lâassemblage-test en Europe (ou chez des partenaires « dĂ©-risquĂ©s ») pour Ă©viter quâun maillon gĂ©opolitique vienne bloquer lâensemble.
- Multi-sourcing rĂ©elAu-delĂ de lâintention, il faut une ingĂ©nierie dâhomologation (doubles-rĂ©fĂ©rences qualifiĂ©es en amont, validations labo + terrain) et une logistique de stocks revue. Ce sont des coĂ»ts aujourdâhui, une police dâassurance demain.
- Gouvernance claireQuand un mĂȘme groupe dĂ©pend de cadres juridiques contradictoires, lâentreprise se fissure. La clarification de la propriĂ©tĂ© et des droits sur lâIP est la condition dâune exploitation fluide, avec des garde-fous acceptĂ©s par toutes les parties.
Mot de la fin
La crise Nexperia a agi comme un rĂ©vĂ©lateur : une partie de la valeur dâun vĂ©hicule tient Ă des composants discrets. La bonne nouvelle, câest quâun dĂ©but dâassouplissement est lĂ . La leçon, elle, est durable : sĂ©curiser lâaval de la chaĂźne (assemblage-test), qualifier des plans B avant dâen avoir besoin, et traiter ces « quelques centimes » comme critiques pour Ă©viter quâils coĂ»tent des milliards en arrĂȘts de lignes.
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On se retrouve le week-end prochain pour une nouvelle édition.
Fabio Dessi
Dâabord passĂ© par Volkswagen avant dâavoir créé ma propre startup dans la tech, je suis aujourdâhui responsable marketing de ProovStation, qui crĂ©e des solutions dâintelligence artificielle dĂ©diĂ©es Ă lâautomobile.
En parallĂšle, je partage chaque semaine un regard frais sur le monde de lâautomobile dâaujourdâhui via cette newsletter, et au quotidien sur LinkedIn.
Mes propos nâimpliquent que moi et ne sont rĂ©digĂ©s au nom dâaucune des sociĂ©tĂ©s citĂ©es prĂ©cĂ©demment !