đđȘđș 10 DĂ©cembre
Bonjour tout le monde ! âïž
JâespĂšre que vous allez bien et que vous avez passĂ© une belle semaine.
Câest un plaisir de vous retrouver dans une nouvelle Ă©dition du Brief Automobile. đ
Cette semaine, on parle dâun rendez-vous qui peut peser trĂšs lourd pour lâavenir du secteur : les annonces de la Commission EuropĂ©enne prĂ©vues le 10 dĂ©cembre pour âsoulagerâ la filiĂšre automobile, sur fond dâobjectif 2035 et de transition Ă©lectrique chahutĂ©e.
Ce que vous allez apprendre dans cette édition
đȘđș Pourquoi Bruxelles rouvre dĂ©jĂ le dossier 2035.
đ En quoi le marchĂ©, la rentabilitĂ© et lâemploi mettent la filiĂšre sous tension.
âïž Quels sont les deux grands camps qui sâaffrontent autour de la Commission.
đ©đȘđ«đ· Comment lâAllemagne, la France et quelques autres tirent le texte dans des directions diffĂ©rentes.
đ§ Les grandes lignes de ce que pourrait contenir le âpaquet automobileâ du 10 dĂ©cembre.
â±ïž Temps de lecture : 10 min

2035, un cap intact⊠mais un chemin de plus en plus contesté
En 2023, lâUE a actĂ© la fin de la vente de voitures neuves thermiques en 2035, avec un objectif simple : 100 % de vĂ©hicules zĂ©ro Ă©mission Ă cette date. Sur le papier, tout le secteur sâest alignĂ© sur cette trajectoire, en investissant massivement dans les usines, les batteries et les VE.
Sauf que, deux ans plus tard, la rĂ©alitĂ© est plus compliquĂ©e. Le marchĂ© europĂ©en reste en-dessous de son niveau dâavant Covid, autour de 12 millions de voitures par an contre 15 millions auparavant. La transition Ă©lectrique, elle, avance mais pas au rythme espĂ©rĂ© : les VE reprĂ©sentent environ 15â16 % des ventes, lĂ oĂč les rĂ©gulateurs comptaient dĂ©jĂ sur plus de 20 %. Le dĂ©calage entre la demande rĂ©elle et les courbes rĂ©glementaires commence Ă faire trĂšs mal aux business plans.
Dans le mĂȘme temps, la filiĂšre subit un choc de compĂ©titivitĂ©. Les VE chinois arrivent sur le marchĂ© europĂ©en avec des prix agressifs, surtout sur lâentrĂ©e et le milieu de gamme, pendant que la pression rĂ©glementaire pĂšse sur la production locale. RĂ©sultat : profits qui se tassent, usines sous-utilisĂ©es, plans sociaux en Allemagne et inquiĂ©tudes fortes en France, oĂč des dizaines de milliers dâemplois sont considĂ©rĂ©s comme menacĂ©s par une Ă©lectrification jugĂ©e trop rapide.
Câest dans ce contexte que la Commission, par la voix de StĂ©phane SĂ©journĂ©, commence Ă parler de âflexibilitĂ©sâ et dâune clause de revoyure anticipĂ©e. LâidĂ©e nâest pas de renoncer au cap climat, mais de reconnaĂźtre quâil faut ajuster la trajectoire si on ne veut pas casser lâoutil industriel en chemin.
Un front âindustrie + syndicatsâ face au camp âĂ©cologie/100% VEâ
Autour de la Commission, deux grands blocs se dessinent.
Dâun cĂŽtĂ©, les constructeurs (via lâACEA), les Ă©quipementiers (CLEPA) et les syndicats demandent un assouplissement. Leur message : on garde lâobjectif de neutralitĂ© carbone, mais on a besoin de temps et de flexibilitĂ© sur les moyens. Ils plaident pour lisser le calendrier, revoir les mĂ©thodes de calcul COâ, maintenir un vrai principe de neutralitĂ© technologique et ne pas bannir trop vite des solutions de transition comme les hybrides rechargeables, certains biocarburants ou les e-fuels.
Les Ă©quipementiers ajoutent une couche âsouverainetĂ© industrielleâ : si lâEurope ouvre grand son marchĂ© aux VE importĂ©s tout en rendant la production locale plus chĂšre, une grande partie de la valeur va se dĂ©placer hors dâEurope. DâoĂč lâidĂ©e de dĂ©fendre un contenu local minimum ou, au moins, de donner un avantage rĂ©glementaire aux vĂ©hicules vraiment âmade in Europeâ. Les syndicats, eux, insistent sur la dimension sociale : reconversions, formation, soutien aux bassins industriels, et Ă©ventuellement ajustement de 2035 pour Ă©viter un choc trop brutal.
En face, les ONG climat et les acteurs 100 % VE (constructeurs spĂ©cialisĂ©s, fabricants de batteries, opĂ©rateurs de rechargeâŠ) dĂ©fendent bec et ongles le calendrier actuel. Pour eux, la majoritĂ© des groupes ont dĂ©jĂ les moyens dâatteindre leurs objectifs COâ, et reculer 2035 reviendrait Ă casser la dynamique dâinvestissement. Ils rappellent que dans plusieurs pays europĂ©ens, les VE dĂ©passent dĂ©jĂ 50 % de parts de marchĂ©, et considĂšrent que cĂ©der aujourdâhui ouvrirait la porte Ă dâautres reculs sur le Pacte vert.
La Commission se retrouve donc au milieu : si elle va trop loin dans les assouplissements, elle est accusĂ©e de trahir le climat ; si elle reste inflexible, elle est accusĂ©e de sacrifier lâindustrie et lâemploi. Câest exactement cet Ă©quilibre que va chercher le âpaquet automobileâ du 10 dĂ©cembre.
Allemagne, France, Espagne : mĂȘme problĂšme, lignes rouges diffĂ©rentes
Les Ătats membres nâont pas tous la mĂȘme lecture de la situation, ce qui complique encore lâĂ©quation.
LâAllemagne pousse dĂ©sormais pour une rĂ©vision en profondeur : prolonger la vie des hybrides rechargeables, garder une place pour les moteurs thermiques aux e-fuels/biocarburants et assouplir le calendrier, sur fond de rĂ©cession industrielle et de plans sociaux dans lâauto.
La France adopte une position plus nuancĂ©e : officiellement pro-2035 et fiĂšre des investissements dans les batteries et les usines VE, mais prĂȘte en coulisses Ă des âflexibilitĂ©sâ, une clause de revoyure accĂ©lĂ©rĂ©e et un traitement spĂ©cifique pour certains segments comme les utilitaires ou les petites Ă©lectriques produites en Europe.
LâEspagne, autre grand pays producteur, se range globalement du cĂŽtĂ© français : maintien de 2035, mais fort besoin dâaccompagnement pour ses usines et ses rĂ©gions dĂ©pendantes de lâauto. Ă lâinverse, des pays trĂšs avancĂ©s sur le VE mais peu industrialisĂ©s (Nordics, Benelux, etc.) ne veulent pas rouvrir le dĂ©bat et prĂ©fĂšrent maintenir strictement le cap du Pacte vert.
Ce jeu de lignes rouges nationales pĂšse directement sur le contenu du futur paquet : plus lâAllemagne rallie dâalliĂ©s, plus la Commission sera poussĂ©e Ă assouplir ; plus la France et les pays pro-2035 restent fermes, plus Bruxelles avancera prudemment pour ne pas envoyer un mauvais signal sur le climat.
Ce que le âpaquet automobileâ du 10 dĂ©cembre pourrait contenir
ConcrÚtement, le 10 décembre devrait surtout acter un compromis : 2035 maintenu, mais avec des soupapes.
- PremiĂšre soupape : des dĂ©rogations technologiques. La Commission pourrait ouvrir plus clairement la porte Ă des moteurs thermiques âdĂ©carbonĂ©sâ aprĂšs 2035, Ă condition quâils fonctionnent exclusivement avec des carburants neutres en COâ (e-fuels, biocarburants avancĂ©s) ou quâils soient intĂ©grĂ©s dans des systĂšmes type ârange extenderâ trĂšs efficients. Les hybrides rechargeables pourraient aussi voir leur horizon prolongĂ©, mais uniquement pour les modĂšles capables de rouler longtemps en Ă©lectrique et utilisant des carburants durables en appoint.
- DeuxiĂšme bloc : une pause sur lâinflation rĂ©glementaire et un cadre pour les petites Ă©lectriques europĂ©ennes. LâidĂ©e serait de geler de nouvelles contraintes coĂ»teuses pendant quelques annĂ©es, de simplifier certaines normes existantes et de crĂ©er un environnement plus favorable Ă la fameuse âpetite voiture Ă©lectriqueâ produite en Europe. Ăa passerait par des exigences allĂ©gĂ©es sur les citadines et par des mĂ©canismes type super-crĂ©dits COâ pour rendre ces modĂšles attractifs du point de vue des constructeurs.
- TroisiĂšme volet : souverainetĂ© industrielle, flottes et incitations. La Commission devrait insister sur le âmade in Europeâ (contenu local, bonus conditionnĂ©s, enquĂȘtes anti-subventions sur les VE importĂ©s) et sur la nĂ©cessitĂ© de soutenir les investissements dans les batteries et les usines. Elle pourrait aussi poser les bases dâun futur cadre pour le verdissement des flottes dâentreprises et du secteur public : en imposant progressivement des quotas de vĂ©hicules zĂ©ro Ă©mission pour les grands parcs, lâUE accĂ©lĂ©rerait la demande sans sâattaquer directement au particulier. CĂŽtĂ© argent, Bruxelles encouragera les Ătats Ă utiliser au maximum les marges de manĆuvre sur les aides dâĂtat, et pourrait mettre en avant des outils europĂ©ens (fonds, BEI, TVA rĂ©duite sur les VEâŠ) pour rendre la transition plus acceptable.
Ce quâil faut retenir
đȘđș La date de 2035 ne devrait pas ĂȘtre abandonnĂ©e, mais le 10 dĂ©cembre sera le moment oĂč la Commission prĂ©cisera comment elle compte introduire des soupapes pour Ă©viter la casse industrielle.
đ Le secteur arrive Ă ce rendez-vous sous forte tension : marchĂ© en dessous de son niveau dâavant Covid, adoption des VE plus lente que prĂ©vu, concurrence chinoise agressive, coĂ»t de lâĂ©nergie Ă©levĂ© et emploi sous pression.
âïž Deux blocs sâopposent : industrie + syndicats, qui veulent des assouplissements et de la neutralitĂ© technologique, face aux ONG et aux acteurs 100 % VE, qui refusent tout recul sur le calendrier.
đ©đȘđ«đ· LâAllemagne pousse pour un vrai recalibrage de 2035, la France et lâEspagne dĂ©fendent lâĂ©chĂ©ance mais rĂ©clament des flexibilitĂ©s, tandis que dâautres pays ne veulent pas rouvrir le dĂ©bat de fond.
đ§ Le âpaquet automobileâ devrait combiner : dĂ©rogations limitĂ©es pour certaines technologies aprĂšs 2035, pause sur lâempilement de normes, cadre pro-petites Ă©lectriques europĂ©ennes, mesures de souverainetĂ© industrielle et premiers jalons pour les flottes vertes.
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On se retrouve le week-end prochain pour une nouvelle édition.
Fabio Dessi
Dâabord passĂ© par Volkswagen avant dâavoir créé ma propre startup dans la tech, je suis aujourdâhui responsable marketing de ProovStation, qui crĂ©e des solutions dâintelligence artificielle dĂ©diĂ©es Ă lâautomobile.
En parallĂšle, je partage chaque semaine un regard frais sur le monde de lâautomobile dâaujourdâhui via cette newsletter, et au quotidien sur LinkedIn.
Mes propos nâimpliquent que moi et ne sont rĂ©digĂ©s au nom dâaucune des sociĂ©tĂ©s citĂ©es prĂ©cĂ©demment !